11 – Jacques Danset : 1641-1690

(Jacques Danset-Desruelle)

Jacques Danset est baptisé à Bousbecque le 30 mai 1641. Nous savons par les tabellions qu’il décède entre 1690 (TAB. 5693-79) et avant décembre 1694 (TAB. 7554-73).
Sur le Registre Paroissial d’Halluin son nom est orthographié, lors des baptêmes de ses enfants, “d’Hanset” jusqu’en 1686, ensuite, après 1686, “Danset”.
Il épouse, le 11 octobre 1665, Jacqueline Derruelle ou Desruelle.
Elle est la fille de Thomas et de Marguerite Ghesquier, fille d’Alexandre et de Antoinette Descamps. Ils habitent Wervy. Un de leur fils, Pierre laboureur à Wervy, épouse, en 1682, Jacqueline de le Court (TAB. 5685-99). Un autre fils, Michel, épouse, par contrat du 11 mars 1684, Magrite Ghesquier, fille de feu Nicolas et de Jeanne Delobel, le port du marié est de 4.500 livres. Il reprend le bail de la cense exploitée par sa belle-mère à Halluin, (TAB. 6760-4).

Les Derruelle jouissent d’une situation aisée.

A une date que nous ne connaissons pas exactement, mais après son mariage, aux environs de 1670, Jacques Danset prend à bail “la cense de la basse cour du château d’Hallewin » cense d’environ 70 hectares dont nous avons parlé plus haut.
Il a forcément une fortune certaine car il a du cautionner le montant du bail, de plus, il est propriétaire du matériel, des chevaux et du cheptel. Nous le savons parce que sa veuve les cédera, avec le droit au bail, à leur fils Jean-François.

Cette période fit particulièrement troublée, Jacques Danset a du connaître des jours difficiles…mais c’est l’époque du “bond” des rendements de production à l’hectare qui augmente sensiblement le revenu des gros paysans, même en Flandre où les rendements étaient déjà bien supérieurs à ceux du Royaume de France, manifestement, comme son père il a su profiter de cette période…

La « razière de blé à faire pain blanc » qui valait 14,09 livres parisis en 1679, atteindra le prix de 25.97 livres en 1693…

Le 5 janvier 1683, Jacques Danset “prend à titre de louage et cense de Monsieur Guislain de Flandre, prêtre chanoine de la collégiale St Pierre à Lille et chapelain en la paroisse de Ronc” deux bonniers, pour 10 livres de 6 florins l’an (TAB. 979-53).
II pratique l’élevage et la culture, il plante notamment du lin, activité particulièrement rentable à cette époque.
En 1689, il vend, à des marchands de Wambrechies, 350 boujeots, au prix de 10 patars le boujeot rendu (10 patars faisant un demi florin), cette vente lui rapporte 350 livres parisis (TAB. 200-49).
L’année suivante, il vend à deux marchands du Quesnoy-sur-Deûle, 728 banges de lin pour un montant de 525 livres parisis. Les vendeurs s’engageant à donner une pistole d’or, valant 18 livres 15 sols parisis à la femme du vendeur “en don gratuit”, coutume de l’époque (TAB. 5693-79).
Le 9 décembre 1694, Jacqueline Danset-Desmelle, veuve, loue, avec ses cohéritiers, à Comille de le Moue, un lieu manoir à Bousbecque, bien resté en indivision qui leur vient de la succession Ghesquier, bien “amassé” sur 3 bonniers et 4 cens (TAB. 7554- 73).

Les années 1694, 95 et 96 sont marquées par la famine provoquée par la terrible guerre de la Ligue d’Ausbourg et des mauvaises conditions climatiques dans le Hainaut, le Namurois et le Cambrésis alors que notre région est épargnée… Les prix des céréales et de la viande s’y emballent, les producteurs de la région en profitent pour aller y vendre leurs surplus à très bon compte…
Après le décès de Jacques Danset, sa veuve Jacqueline Desruelle continuera l’exploitation de la cense jusqu’à la cession du bail à son fils, Jean-François, le 29 octobre 1703.

En 1700, le régisseur du prince de Chimay, propriétaire à l’époque, fait réparer les bâtiments de la cense. On peut penser qu’ils avaient été endommagés par le tremblement de terre du 18 octobre 1692.
La facture nous donne le détail de ces réparations: “Premier une estable de chevaux qui tomboit en ruine et qui menacoit un malheur, Item une nouvelle purliere, dans l’ancienne qui n’estoit plus d’usage, Item le thuyau de la cheminée de la cuisine qui menacoit un malheur, Item reparé entièrement la cuisine de pierres bleuses venans de Tournay et de Lille”. Employant 17.300 briques, 450 pierres bleues et 164 pieds de bois de chêne et des planches, 2 maîtres maçons et deux aides ont travaillé 50 jours, un maître charpentier et ses deux aides, 11 jours. La facture totale s’élève, y compris clous et pièces de ferronneries à 443 livres et 7 sols (TAB. 9225-71).
La toiture a du être refaite, elle aussi, mais nous n’avons pas trouvé trace de la facture de sa réfection.
Mais nous savons, par la description du château (voir plus haut, “un peu d’histoire”) que le bâtiment de la cense était couvert de “tieulle” (miles), ce qui est rare à l’époque.
Nous savons aussi que ce bâtiment compte un étage avec des chambres…
A l’époque, habituellement, les fermes sont couvertes de chaume et n’ont qu’un rez-de-chaussée avec seulement une “pièce commune”. Pièce dans laquelle il y a la cheminée et dans laquelle toute la famille vit et dort.
La cense qu’ils habitent est donc loin d’être une simple chaumière…

De Jacques Danset et de Jacqueline Desruelle, nous connaissons 7 enfants:

• Jacqueline, elle épouse Josse Lepoutre demeurant à Comines-Noort. Le 21 avril 1742, elle est inhumée à Halluin en présence de ses frères Jacques et Jean-François. Sa fille, Anne-Catherine Lepoutre, épouse Pierre-Joseph Vanheulle.

• Anne-Marie, elle épouse Pierre Vienne, en 1700. Ils habitent Halluin. Elle décède entre 1722 et 1742. Ils ont 8 enfants connus : Michel, Placide, Jean-Baptiste, Pierre-François, Jean-François, Anne-Marie épouse Franchois, Marie-Jenne épouse Vandebeulck et Marie-Françoise épouse Butin.

• Jacques, il épouse Françoise Le Mahieu dont il aura deux enfants connus, Pierre-François et Fidèle-Blanche. Leur contrat de mariage (TAB. 9226-45) a été passé le
4 mai 1701 devant maître Vanheule. Sa mère, son oncle Pierre Danset et son cousin
Nicolas Ghesquier sont leurs témoins. Son apport est de 1.000 livres, celui de sa
future femme, veuve avec un enfant d’André Lambin, est constitué des meubles et de la ferme qu’elle exploite.
Fermier au Quesnoy-sur-Deûle, Jacques Danset-Le Mahieu est qualifié “marchand collecteur et Procureur spécial (gérant des biens) de Messire de Hampart, Conseiller du Roy au parlement de Tournay” (TAB. 5709-122).
Veuf; il se remarie avec Antoinette Le Houcq, veuve d’un fermier de Wervik, contrat passé le 11 février 1722 (TAB. 6480-24). L’apport de la mariée est constitué par une somme de 231 écus de 8 au marc (soit d’un poids de 30 grammes d’or chaque).
Ce dernier tabellion de 1722 est très intéressant, en effet Jacques a signé, lui aussi, “Dansette”, (orthographe adoptée par Jean François, qui suit en 12, pour la première fois en 1717, comme nous le verrons plus loin) alors que les autres signent “Danser ‘
Jacques Dansette teste le 27 septembre 1742, à Halluin où il est domicilié. Il est qualifié de marchand rentier. Son fils étant frère jésuite et sa fille, étant elle, religieuse, il teste en faveur de son frère Jean-François et des enfants de ses quatre sœurs, si son fils “Pierre François, frère jésuite, vennait à sortir de religion, ce leg prend fin. Dans le cas ou celui-ci persévére, ainsi qu ‘à Fidèle Blanche, religieuse aux soeurs grises de Wervy devra être versé une rente viagère de 48 florins”. Jean-François accepte le testament, ce qui, en l’absence d’inventaire ou autre précision, indique que son patrimoine devait être conséquent (TAB. 6945-78 et TAB. 6946-56).

• Jean-François, qui suit en 12. (Dansette-Louage)

• Pierre-Antoine, il est cité en 1700 dans le partage des biens de sa tante Marguerite, décédé sans postérité avant 1717 car il n’est pas cité dans le partage des biens de ses parents en 1717.

• Jeanne-Thérèse, elle épouse Jean Besselart dont elle aura trois enfants connus:
Pierre-François, Marie-Aime, épouse de Maximilien Libert et Pétronille, épouse de
Balthazar d’Halluin. Elle décède entre 1717 et 1742. Maximilien Libert exploite la
cense de Peruwe à Halluin, cense de 31 bonniers et 8 cens soit environ 47 hectares.
Il est un des gros censiers de la paroisse d’Halluin.

• Marie-Françoise, elle épouse Jean-Baptiste de La Houttre dont elle aura 4 enfants connus : Jean-Baptiste, Angélique, épouse de Pierre Mollet, Marie-Françoise, épouse de Guillaume Billet et Marie-Thérèse, épouse de Jean-Baptiste Mulié ou Mu lie r
Son mari, Jean-Baptiste de La Houttre, est ‘fermier collecteur” pour les Etats et pour la Seigneurie d’Halluin. Le 19 novembre 1745, il est emprisonné et ses biens sont saisis à la requête des Baillis de Lille et d’Halluin à qui il doit 9.000 florins, il est remis en liberté en décembre après que ses enfants se soient portés caution (TAB. 6948-60). Cet acte nous apprend que son fils Jean-Baptiste est marchand, que son gendre, Pierre Mollet, est “marchand brasseur”, que son deuxième gendre, Guillaume Billet, est rentier, et que son troisième gendre, Jean-Baptiste Mulier, est “marchand blanchisseur”.
Jean-Baptiste de La Houttre reste, quand même, fermier adjucataire-collecteur, avec son beau-frère Jean-François Danset, de la dîme de l’Abbaye de Saint-Vaast…
Phi lippe d’HeilIy a trouvé un autre Jacques Danset habitant Linselles à la même époque. Ii est marchand de bêtes et tavernier, il est l’un des neuf enfants d’Allard Danset, marchand de bêtes à Roncq et de Jenne Waignon. Il recevra 250 livres parisis de ses frères et soeurs représentant sa part de l’héritage paternel. Il a épousé Barbe Casteau, il est décédé vers 1700, laissant quatre enfants, Jacques, Joseph, Marie-Barbe et Marie-Françoise.

Le partage des biens de Jacques Danset et Jacqueline Desruelle, son épouse a lieu le
17 décembre 1717. Voici la copie de l’acte établi par maître Desreveaux, notaire à
Linselles (TAB. 6475-127):

“Iceux du soubnom de Danset, frères et sœurs, enffants et héritiers de feu Jacques et de défunte Jacqueline Desruelle leur mère font partage des biens leur venant de leurs parents et de leur oncle Pierre Danset.

A Jacques, Anne Marie et Jeanne Thérèse:

1 lieu manoir amassé sur 30 cens, 15 cens, 3 cens et 9 cens de terre à labeur, 4 cens
de prairie, le tout à Weriy, occupé par Martin de Lannoy.
1 lieu manoir amassé avec la moitié des ¼ de la grange sur 185 verges, la moitié de
185 verges de jardin pris à l’encontre des hoirs Jean Ghesquiere, 5 cens de labeur
pris en une pièce de 14 cens et la moitié de 10 cens de labeur, le tout à Bousbecque
tenu de la seigneurie des Wattigne, occupé par Jean François Bert.
A Jean François et Marie Françoise:
1 lieu manoir amassé sur 2 bonniers et 10 cens à Bousbecque tenus de la baronnie de Bous bec que et de la seigneurie de Gruteghem occupé par la veuve Denis Billet la moitié de 7 cens de jardin, jouxtant les biens des héritiers de Simon Danset et ceux de Jean Danset, la moitié de 8 cens et de 4 cens de labeur, le tout occupé par Guillaume Cuvelier

A Jacqueline:

I lieu manoir amassé sur 2 bonniers et 10 cens à Bousbecque tenu de la seignerie des
Allengries et de la baronnie de Bousbecque, occupé par Charles Terby
le tiers de 2 cens 3 quarterons à Bousbec que pris à l’encontre de Jean Paul
Wallerand et Philippe de le Becque à cause de leur femme comme le bien précédent
4 cens de prairie à Bousbecque
le tiers de 5 cens de labeur à l’encontre de Philippe de le Becque à cause de sa femme
à Marcq en Baroeul
1 lieu manoir sur 8 cens de labeur gisant sur la verge de Menin occupé par Pierre
Vandamme que Jacqueline Danset à vendu à Guillaume FerdinandBecuwe
Jacqueline Danset vend à son frère Jean François, pour faire paiment de ce qu’elle
lui doit, de la moitié de sa part”.
Jacques Danset, en exploitant une cense denviron 70 hectares, étant propriétaire du matériel, des chevaux et des bêtes (capital important), de plus, propriétaire de 16 hectares de fennes et terres qu’il met en location, est riche. Il doit avoir un nombreux personnel et posséder une véritable cavalerie de chevaux. Tout laisse à penser qu’il a su profiter, lui aussi, três intelligemment des nombreux passages des différentes armées qu’il fallait nourrir…
Tous les historiens mettent en évidence que la moyenne des fermes à cette époque est inférieure à un hectare., que la propriété est très morceLée, les fermes de 70 ares sont nombreuses.., que durant cette période, les petits paysans, ils sont la très grande majorité, ne font que survivre alors que les gros, s’ils sont entreprenants et s’ils prennent des risques, peuvent s’enrichir comme jamais auparavant. L’extrême pauvreté des petits paysans les oblige à un second métier, c’est pourquoi beaucoup d’entre eux sont tisseurs à façon chez eux.
A la fin du règne de Louis XIV, en 1715, il y aura 19 millions de paysans en France c’est la période de notre histoire où les écarts de fortune, dans le monde de la paysannerie, se creusent le plus…